Conséquence de la grève des douaniers sur le secteur textile

Le secteur textile est, sans doute, à date, celui ayant généré le plus d’emplois en un temps plus court. Avec un peu plus de 49 mille emplois, il se place parmi les secteurs phares en Haïti avec une espérance d’embauches pouvant atteindre deux cent mille de plus sur les cinq prochaines années. Néanmoins, malgré tous les efforts du secteur, l’instabilité politique et plus particulièrement les grèves à répétition en particulier représentent un danger auquel sont confrontées les industries textiles de manière générale. C’est dans ce contexte qu’une enquête a été réalisée auprès de plus de la moitié des industries textiles dans le pays dans le but de s’enquérir des problèmes de fond mais aussi et surtout de la perception des investisseurs dans ce secteur quant aux impacts négatifs qu’a eu cette grève qui a eu lieu le 5 mars 2018 pour prendre fin le 13 mars d’où un arrêt de travail de 9 jours pour la majorité des entreprises.

D’entrée de jeu, il faut bien comprendre que 45%, donc presque la moitié des 22 industries auprès desquelles l’enquête a été menée emploie sur une base plus ou moins régulière un nombre d’employés allant de 1,000 à 5,000. Mais, de ce pourcentage, et le fait surprenant sinon frappant, est que 5% de ces entreprises embauchent plus de 10,000 personnes.

Estimation du nombre d’employés pour une grande sélection d’industrie du textile en Haïti


A ce rythme-là, on comprend aisément en termes de fonctionnement ce que peut représenter comme perte une période minimale de 9 jours de grève et les chiffres à l’appui sont une fois de plus révélateurs de l’état de la situation. En effet, toujours selon l’enquête, plus de la moitié soit 53% des entreprises questionnées affichent une perte de 100,000.00 à 250.000.00 dollars par usine avec la fâcheuse conséquence, pour plus de 15% de cette moitié, d’annulation d’au moins deux à trois contrats valant plusieurs centaines de milliers de dollars par période de grève.

Estimation des pertes (USD) encourues par les usines durant quelques jours de grève


En Haïti, il existe malheureusement un stéréotype selon lequel une période de grève n’affecte que les patrons et des investisseurs. A ce titre-là, les chiffres une fois de plus sont révélateurs.

Pour 7 compagnies de l’échantillonnage, les pertes de salaire pour les ouvriers s’élèvent à 2, 473,000.00 gourdes avec une probable perte de 1,815 potentiels emplois et plus de 500 employés permanents qui sont mis en disponibilité suite à la perte de certains contrats pour une période de grève. Cela a amené malheureusement à la conclusion qu’une grande partie des employés du secteur textile ont un grand risque de se retrouver au chômage en période d’instabilité et de grève plus précisément.

Estimation des pertes de salaire (GDES) encourues par les employés durant quelques jours de grève


A la demande des enquêteurs, plusieurs compagnies ont partagé leurs principales préoccupations en faisant des commentaires quant aux effets néfastes de la grève sur le secteur textile.

Pour les principaux investisseurs, il faut au contraire de ce que pense plus d’un, avoir du courage, de la patience sinon de la persévérance pour investir en Haïti. Le climat actuel ne laisse pas penser le contraire. Cela est dû, en partie certes, à la responsabilité de l’état qui devrait pouvoir contrôler les différentes périodes de grève. Il ne faut en aucun cas priver les ouvriers d’entrer en grève mais toute activité génératrice de revenue bénéfique pour un pays ne devrait s’arrêter pour une grève. Les investisseurs étrangers ont développé une psychose de peur à nous confier des contrats en plus du fait qu’il devient difficile d’importer et d’exporter. Il devrait y avoir une alternative ou d’autres procédures spéciales pour procéder aux expéditions durant les grèves. Sinon, les entreprises pourraient ne pas être en mesure d'atteindre les délais convenus avec leurs clients et donc devront subir des pertes énormes. C’est un point très négatif pour les industries en Haïti. Encore une fois, les acheteurs sont frustrés (Haïti est pareil, pas de changement, pas d'amélioration, personne ne se soucie de la prochaine génération…). Si une grève ne se termine pas après 1 ou 2 jours, les impacts sont vraiment très négatifs.