Dossier : Dédollarisation

Le 1er mars 2018 est paru dans le journal officiel de la République d’Haïti, Le Moniteur, un arrêté destiné à régir la monnaie à utiliser pour les transactions commerciales dans le pays. La lecture de cet arrêté dont la date d’application n’a pas été mentionnée me suggère les remarques suivantes :

1. La légalité d’une telle mesure. En effet, le décret portant création de la Banque de la République d’Haïti (BRH) stipule qu’elle a pour mission de défendre la valeur interne et externe de la monnaie nationale. Elle parait être l’organe le mieux habilité à mesurer l’étendue des problèmes liés à l’utilisation d’autres monnaies pour les échanges, en particulier en ce qui a trait à l’impact des instruments monétaires à sa disposition...

2. La dollarisation de l’économie. Avec un taux « officiel » de dollarisation de plus de 50%, la décision de dédollariser devient une nécessité. Cependant, il convient de garder à l’esprit l’exemple des pays qui ont essayé de dédollariser par des mesures restrictives. Ces pays se sont retrouvés avec une dollarisation renforcée, plus informelle et plus difficile à appréhender.

3. Les échanges. L’économie haïtienne est dollarisée depuis plus de vingt ans, c’est-à-dire que les agents économiques ont eu une certaine habitude de transactions et d’épargne dans au moins deux monnaies dont la gourde. En interdisant aussi brutalement l’utilisation des autres monnaies, les autorités étatiques comprennent-elles qu’elles laissent dans les limbes les agents économiques qui avaient constitué leur épargne dans une monnaie étrangère, un phénomène dument reconnu par la BRH qui y fait référence dans divers spots publicitaires pour les Obligations BRH ? Et que dire des transactions financières domestiques déjà en cours en monnaie étrangère ?

Cet arrêté a la vertu de signaler que les autorités étatiques souhaitent agir face à la dollarisation qui constitue une entrave supplémentaire aux échanges économiques dans le pays. Ceci est une bonne chose. Mais telle quelle, cette démarche est insuffisante et vouée à l’échec. Ma suggestion aux autorités est d’élargir le comité auquel il est fait référence dans l’article 9 de l’arrêté à d’autres acteurs, le secteur privé en particulier, afin de mieux définir dans le temps les modalités non seulement des échanges en monnaie nationale mais aussi de dédollarisation de cette économie