Discours du Président sortant


Discours du Président sortant

Chers amis, chers collègues,

18 ans à servir l’ADIH au sein de son conseil, dont six ans de Vice-présidence et Six Mandats de Président, c’est un plaisir pour moi aujourd’hui de passer le flambeau de notre prestigieuse association. Une association qui, je suis fier de le dire, tient une place importante dans la vie économique de notre pays.

Pendant ces 18 ans, nous avons accompli ensemble des résultats dont l’impact de certains ont marqué un tournant important dans l’existence des entreprises de nos membres.

Je souligne en premier lieu les efforts accomplis pour relancer l’industrie de l’habillement qui en 2005, ne comptait que 9.000 emplois après avoir connu une période florissante entre 1970 et 1987. La bataille n’a pas été facile mais grâce à la motivation des intéressés, aux ressources mises à disposition par nos membres, au support de nos consultants, Monsieur Lionel Delatour et la firme Sorini, Samet & Associates LLC, nous avons pu convaincre les autorités haïtiennes et américaines de mettre en œuvre successivement plusieurs programmes de préférences commerciales dont le premier fut celui de la Loi HOPE en décembre 2006. Cet accord établissait de nouvelles règles d’origine qui rendaient Haïti éligible à de nouveaux avantages commerciaux pour nos exportations de vêtements vers les États-Unis. Il donnait aussi plus de flexibilité pour l’approvisionnement des matières premières.

Convaincu du succès de cette initiative, le Président René Préval nous a encouragé à poursuivre à Washington notre pèlerinage qui a conduit le Congrès américain en mai 2008 à reformuler cette facilitation d’exportation : il a agréé une augmentation du niveau du Tarif préférentiel (TPL), la création d’opportunités de co-production avec la République Dominicaine et l’introduction de trois nouvelles lignes de produits : les bagages, les couvre-chefs et les vêtements de nuit.

Ne voulant pas ralentir la dynamique qu’avait enclenché ces 2 programmes, nous avons renforcé nos démarches et avons pu obtenir en 2010 pour Haïti une troisième initiative HELP qui augmenta substantiellement les quotas à 200,000,000 de m2 pour les articles et la même quantité pour les articles tricotés. En 2015 encore, nous avons réussi à faire prolonger la loi HOPE/HELP jusqu’au 30 septembre 2025.

Le rôle de l’ADIH ne s’est pas limité à supporter les négociations de ces programmes. Elle s’est impliquée dans la mise en œuvre des obligations du gouvernement haïtien et a encouragé ses membres à veiller au respect des dispositions de ces accords qui ont exigé la mise en place de :
 La mise à jour de certains accords bilatéraux et leur publication par le Gouvernement Haïtien. Travail ingrat et éreintant exécuté avec brillance par le Dr. JP Mathurin.
La création du bureau de l’Ombudsman, la Médiatrice du Travail, instituée par l’accord HOPE, et avec laquelle nous avons développé une synergie d’action pour accompagner les entreprises du secteur ;
 L’installation du Système de Visa électronique, ELVIS, interconnectant le MCI et la Douane américaine, et qui délivre les certificats d’exportation pour HOPE /HELP ;
 L’enregistrement de nos membres au programme TAICNAR que gère Better Work Haiti. Depuis 2009, toutes les entreprises voulant bénéficier des avantages doivent s’inscrire comme le demande la loi HOPE, dans le but d’améliorer les conditions de travail et stimuler la compétitivité de l'industrie haïtienne de l'habillement. Trois de nos membres nous représentent au comité PAC que préside l’Ombudsman, la Médiatrice du Travail, et qui sur une base régulière, assure le suivi de ce programme d’évaluation de conformité, de formation et d’assistance technique.

Ces programmes ont renforcé les avantages comparatifs d’Haïti dans ce secteur que lui conférait déjà son éligibilité au CBTPA qui avait remplacé le Caribbean Bassin Initiative et qui établissait un accès hors taxes au marché américain pour des vêtements fabriqués en Haïti avec la restriction d’utilisation de fils et de tissus en provenance des États-Unis. Depuis plus de deux ans, nous avons repris notre bâton de pèlerin pour sensibiliser les autorités américaines sur la nécessité de renouveler les dispositions de cette loi qui expire le 30 septembre 2020. Ce plaidoyer n’est pas vain car, aux dernières nouvelles, il y a de fortes chances pour qu’avant l’échéance, les représentants du Congrès Américain prennent la bonne décision sur le dossier.

En étroite collaboration avec BACOZ, l'ADIH a également travaillé à l'extension de ces programmes de préférences commerciales aux marchés des Caraïbes (par le biais de la CARICOM) et de l'Europe (après la ratification de l'APE).

Pour enregistrer les avancées que nous constatons, l’ADIH s’est aussi impliquée dans la promotion des investissements et l’amélioration de l’accès à la formation. Des amis de la Corée du Sud, de Taiwan, du Sri Lanka et de la République Dominicaine ont renforcé notre tissu industriel portant ainsi à plus d’une trentaine le nombre d’entreprises actives, tous membres de notre association.

Nous gérons actuellement deux centres de formation pour les travailleurs situés dans les parcs industriels publics de Port-au-Prince et de Caracol. Nous avons obtenu le soutien financier de l'USAID pour ouvrir les installations à Port-au-Prince et les fonds du gouvernement sud-coréen pour construire et équiper le centre de Caracol. Ces deux centres ont la capacité de former la main-d'œuvre, les cadres intermédiaires, le personnel de gestion des chaînes d'approvisionnement, ainsi que d’offrir d’autres types de formation technique. Depuis 2017, l'ADIH les gère grâce aux contributions des fabricants, de Better Work Haïti et au soutien financier de divers donateurs comme le gouvernement de Taiwan, le projet LEVE USAID et la BID. Je profite pour dire que depuis l’ouverture de ces centres ; 2,900 personnes ont été formées et plus de 90% ont trouvé un emploi. Nous profitons pour remercier tous ceux qui ont aidé à mettre ces centres au service du secteur, particulièrement la BID, la USAID, les gouvernements de Taiwan et de la Corée du Sud, le BIT et bien sûr, Monsieur Jean Robert Lebrun.

La visibilité acquise par nos entreprises de production de vêtement, la place de 1er rang de leurs produits dans les exportations haïtiennes qui ont dépassé le milliard de dollars américains en 2018, la contribution essentielle aux devises étrangères après les transferts sans contrepartie de nos compatriotes, la ténacité de nos membres à rechercher constamment une plus grande diversification vers des produits à plus forte valeur ajoutée, les risques de plus en plus importants que prennent particulièrement les investisseurs haïtiens dans la production du Full package, tant d’éléments qui témoignent du long chemin parcouru pendant plus de 15 ans et des progrès que nous avons réalisé ensemble dans un écosystème complexe et peu attractif pour les affaires, malgré les adversités dues aux catastrophes naturelles majeures qui ont frappé notre pays, (cyclones et tremblement de terre), les multiples barrières et écueils qui se sont dressés devant nous (les pays lock, les manifestations imprévus), les incompréhensions qui ont créé des situations d’énervement et de confusion, pour ne citer que cela.

Mais l’ADIH n’est pas représentatif seulement de l’industrie des vêtements pour l’exportation. C’est la pointe visible d’un iceberg beaucoup plus grand et beaucoup plus vaste, dont la base est constituée des industries qui fournissent les produits de consommation au marché national et qui exportent aussi produits alimentaires, boissons, emballages, produits en plastique etc… et des sociétés de services qui les supportent. C’est un membership de plus de 75 entreprises auxquelles nous fournissons une assistance pour faciliter leurs opérations mais aussi avec lesquelles nous avons engagé des actions essentielles pour l’avenir de nos secteurs. Je vais souligner à votre attention les plus importantes, celles qui ont marqué la vie de notre association pendant mon passage à la présidence :

Le renforcement de la lutte contre la contrebande : L'ADIH a toujours la priorisé l'adoption et la mise en œuvre de mesures contre ces pratiques de concurrence déloyale qui affectent la compétitivité des entreprises du secteur formel, menacent les industries nationales de faillite, découragent la production et les investissements nationaux et drainent environ 440 millions de dollars par an de recettes potentielles de l'État. En 2017, l'ADIH a publié une étude sur les possibilités d'augmenter la production industrielle en Haïti en luttant contre la contrebande et en adoptant une politique tarifaire douanière appropriée. Elle a également préparé une note sur l'importance de stimuler l'agriculture et l'agro-industrie dans le but d'augmenter les emplois et de réduire la pression sur le taux de change en remplaçant les importations de denrées alimentaires par la production locale. Dans la même ligne de ces actions et en gardant le leadership qu’elle a toujours démontré dans ce dossier, de concert avec ses membres et d'autres associations du secteur privé, elle a travaillé en 2018 sur un plan d'action visant à renforcer le contrôle des frontières. En février 2018, l'ADIH a présenté une prise de position sur les effets du commerce illégal à la frontière avec la République Dominicaine lors d'une table ronde organisée à Washington par le Centre d'Etudes Stratégiques Internationales (CSIS). L'objectif principal de cette table ronde était d'évaluer la meilleure façon d'aborder les graves implications financières et sécuritaires, dans les deux pays, du commerce illégal à la frontière qui prenait de plus en plus d’ampleur. Cet échange de vues s'est poursuivi en mars 2019 lorsque le CSIS a organisé une deuxième table ronde avec l'ADIH, des fonctionnaires et des experts des deux pays et des États-Unis pour présenter son rapport sur le commerce transfrontalier et la corruption le long de cette frontière.
Depuis juin 2019, ces efforts ont été soutenus par le Congrès des Etats Unis qui par le biais du Département d'État à travers la prise en charge personnelle du Deputy Assistant Secretary américain, madame Cynthia Kiersht et des deux ambassadeurs en Haiti et en République Dominicaine, afin que les secteurs privés des deux pays, Haïti et la République Dominicaine, puissent collaborer avec leurs gouvernements respectifs pour mettre fin au commerce illégal le long de la frontière et créer un environnement propice au développement de relations commerciales équitables et responsables.

La révision du code du Travail : L’ADIH fait partie de la représentation du Secteur privé qui, avec la facilitation du Bureau Internationale du Travail, participent à la révision de ce code. Les travaux sont une fois de plus dans l’impasse depuis 2018 en attente d’une stabilité politique pour la reprise des travaux.
Forts de notre expérience avec le Congrès Américain, nous avons employé les services permanents d’un agent de liaison avec le Parlement haïtien, sans grand succès malheureusement. A ce bilan d’actions sectorielles, j’ajouterais les contributions que l’ADIH a faites aux différents conseils d’administration dont elle est membre :
1. Le CFI, s’il est vrai que l’instabilité politique a affecté la régularité des rencontres de ce conseil, nous avons cependant pu développer avec lui des relations de travail dans le cadre du plaidoyer en faveur du renouvellement du CBTPA. Nous avions participé aux travaux engagés dans le cadre de la marque pays. Nous sommes en train de développer un protocole d’accord pour collaborer dans la recherche de nouveaux investisseurs et aussi pour assister à résoudre les multiples problèmes auxquels font face nos membres.

2. La SONAPI, nous entretenons des relations de proximité avec cette institution qui est en charge de la gestion des parcs industriels publics. Depuis juillet 2019, la gestion du Parc de Caracol a été transféré au MEF et c’est avec l’Unité Technique d’Exécution de ce ministère que l’ADIH entretient des relations pour faciliter les opérations des entreprises qui opèrent à Caracol.

L’ADIH assure aussi un suivi avec l’Organisation Internationale des Employeurs (IOE) qui représente les intérêts des employeurs auprès du Bureau International du Travail en coordonnant les prises de positions, en disséminant la documentation y relatives et en participant aux rencontres annuelles.

Chers amis, chers collègues,
Le potentiel économique de nos 94 membres, était appelé à grandir au cours des cinq prochaines années pour attirer plus d’investissements dans l’industrie de substitution aux importations, pour créer plus de 250,000 emplois, pour générer près de 3 milliards de Dollars d’exportation de vêtements.

Après les crises « pays lock » que nous avons connu depuis 2018, ce potentiel vient d’être frappé de plein fouet par la pandémie Covid-19 provocant l’arrêt des chaines mondiales d’approvisionnement et menaçant mondialement, la viabilité des industries et des entreprises de service qui les supportent. La COVID-19 changé les habitudes et comportements des consommateurs. En charriant ce lot de négativité, cette pandémie a aussi ouvert d’autres frontières et créé de nouvelles opportunités de production.

Nos membres ont subi ces impacts négatifs et ne s’en remettent pas encore. Ils cherchent comment passer ces moments difficiles et espèrent rapidement retrouver la normalité de leurs activités. Mon administration n’est pas restée indifférente à ces attentes et a engagé récemment divers chantiers qui se sont ajoutés à ceux existant avant la pandémie :
1. Pour renforcer les actions de lutte contre les effets néfastes de la contrebande, l’ADIH s’est engagée aux cotés de la CCIH, la AMCHAM et la CFHCI pour proposer aux entreprises haïtiennes de s’engager dans un processus dynamique visant la rupture des pratiques actuelles de contrebande. Ce processus consiste en :
 L’établissement d’un partenariat public-privé en vue de l’amélioration de l’environnement institutionnel favorable au fonctionnement d’entreprises responsables socialement et économiquement.
 La signature et l’application d’un code d’éthique et de conduite démontrant la volonté des opérateurs de gérer leurs entreprises dans le cadre de pratiques commerciales responsables

2. La sensibilisation des autorités haïtiennes pour la réouverture progressive et définitive de nos usines textiles suite à la fermeture obligatoire sans préavis le 20 mars 2020, et ce tout en appliquant les mesures de protection sanitaires.

3. La diffusion d’un Mémorandum sur la situation du secteur de fabrication de vêtements pour l’exportation en mai dernier qui a donné l’alerte sur la précarité dans laquelle évoluait le secteur depuis la fin du mois de mars 2020 et les menaces qui pesaient sur cette branche d’activité qui faisait vivre plus de 55 000 familles. Je profite pour remercier la SFI du Groupe de la Banque mondiale, BetterWork Haïti, le bureau de l’Ombudsman, tous ceux et celles qui ont partagé les réalités que l’industrie du vêtement pour l’exportation était en train de vivre et qui ont contribué à enrichir la rédaction de ce document ;

4. L’enquête sur les impacts de la pandémie conduite auprès de nos membres au cours des mois de mai-juin 2020 a confirmé leur engagement de capter les opportunités d’affaire que cette crise faisait émerger. En effet, ils s’intéressent à la production d’équipements de protection individuelle, les EPI, dans laquelle certains se sont déjà engagés. Ils recherchent à mieux maitriser cette filière de production pour se positionner comme une destination privilégiée des nouvelles tendances de la demande et de la politique américaine de « near-shoring » qui est en train de prendre forme. Il sera nécessaire de faire un suivi avec la SFI sur les appuis qu’elle pourra donner en recherche sur les marchés et appui auprès des acheteurs.

5. La participation de l’ADIH aux travaux de mise en œuvre de l’appel international lancé pour le secteur Textile et Habillement comprenant un ensemble de mesures pour protéger les revenus, la santé et l'emploi des ouvriers de l'industrie du vêtement, aider les employeurs à survivre pendant la crise Covid-19, et à travailler ensemble pour établir des systèmes de protection sociale durables pour une industrie du vêtement plus juste et plus résiliente. Ce « Call to Action » est endossé par près d’une centaine d’organisations d’acheteurs, de producteurs, d’organisation de travailleurs, d’institutions internationales. Haïti fait partie de la liste de pays prioritaires retenus par le groupe de travail international qui s’est engagé dans la sensibilisation des bailleurs de fonds pour appuyer la mise en œuvre de cette initiative

6. Le programme d’assistance technique au renforcement de l’ADIH n’est pas resté sans intérêt pour certain de nos partenaires. Nous sommes assez avancés avec Better Work Haiti pour prendre en charge notre consultant Charlemagne Laguerre. Nous sommes en train de finaliser avec ACT/EMP du BIT le recrutement de deux consultants pour appuyer l’ADIH, respectivement, dans l’adaptation des guides Covid-19 aux besoins de l’industrie haïtienne et en communication. Nous avons aussi identifié d’autres champs de coopération avec cette institution. Nous sommes en discussion avec la BID pour le recrutement de trois consultants :
 Un spécialiste senior à titre de Conseiller en Développement et Facilitation des Affaires pour le Secteur Habillement d’exportation
 Un spécialiste senior à titre de Conseiller en Développement et Facilitation des Affaires pour les industries des autres branches
 Un expert en Politiques publiques et Plaidoyer.

L’ADIH a aussi besoin d’un consultant pour coordonner le travail des 2 centres de formation et d’un technicien pour lancer les programmes de formation à distance.

Chers amis, chers collègues, chers collaborateurs du Conseil,
Je vous laisse en vous remerciant de la confiance que vous m’avez témoignée pendant les nombreuses années passées à la présidence de notre association. Le conseil actuel et moi laissons donc un programme bien chargé á nos successeurs. Nous serons toujours disponibles pour les accompagner.

L’ADIH doit demeurer ce phare, ce forum et cet appui du secteur privé haïtien. Il doit garder sa position d’acteur incontournable sur la scène économique et prendre activement part à la définition et à la mise en œuvre des politiques publiques liées aux secteurs occupés par ses membres. Car, les décisions de politiques publiques contribuent à l’avancement économique et social d’un pays seulement si elles sont issues des voix concordantes des parties prenantes et adaptées aux réalités que vivent quotidiennement les acteurs économiques et sociaux.

Gardons vivant au sein de notre association et consolidons les acquis que nos prédécesseurs nous ont laissé depuis sa création en 1980, grâce au dynamisme et au leadership des conseils d’administration, que présidaient avant moi André Apaid, Jurgen Andy Andersen, Jean Edouard Baker, Thierry Gardère, Richard Coles, Marie-Claude Bayard, Maryse Penette Kedar, Norma Powell et Karl Fred Madsen.



Je vous remercie.

“ Old soldiers never die, they just…fade away” Gen. Douglas McArthur

Georges B. Sassine